mardi, 07 avril 2009

Royal: le contre-discours de Dakar

En image, l'extrait du discours de Ségolène Royal présentant ses excuses au nom de la France pour les propos de Nicolas Sarkozy.

PAR MARIE-LAURE JOSSELIN À DAKAR (Libération du 7/4/2009)

C’est en utilisant un terme wolof, une des langues locales, que Ségolène Royal a débuté son discours de Dakar. Un terme suivi d’une explication qui déjà en disait long sur sa pensée: elle allait parler de l’Afrique, de ses origines, de l’Histoire.

«Merci, chers amis de votre hospitalité, dont je sais qu’en wolof, elle se dit Teranga. Un mot magnifique qui exprime une valeur que, de longue date, les civilisations africaines exaltent». S’en suit une heure de discours. Des ballons vert et rouge accrochés au plafond et une jolie arcade de feuilles accueillent celle qu’Ousmane Tanor Dieng, le secrétaire général du PS sénégalais, appelle «la négresse blanche».

Les barons et les sages du parti sont là assis au premier rang devant des centaines d’autres personnes. Ségolène Royal a parlé du lien entre sa région et celle de Fatick, illustrant ainsi le lien entre «action locale et progrès global». Il lui a fallu plus de 45 minutes attaquer le discours de Nicolas Sarkozy. Le célèbre discours qui a fait débat au sein de l’opinion, des intellectuels africains ayant même répliqué à travers un ouvrage collectif.

«Quelqu’un est venu ici vous dire que «l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire»». Applaudissements, quelques huées, puis silence bien pesé avant de continuer. «Pardon. Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et — je vous le dis en confidence — qui n’engagent ni la France, ni les Français».

Applaudissements de nouveau, le public se lève. Ségolène Royal reprend la parole et assène un peu plus tard: «Il est temps que nous pratiquions davantage entre nous l’égalité vraie, loin des paternalismes, des misérabilismes, des ostracismes, loin des doubles langages qui masquent mal les doubles jeux (…)».

Tout au long de son discours, elle se réfère à des Africains, elle qui se dit «fille de l’Afrique»: Cheikh Anta Diop, Leopold Sedar Senghor, Patrice Lumumba, Aminata Traoré, Didier Awadi, Tiken Jah Fakoly… Intellectuels, politiciens, militants ou artistes, elle pioche dans tous les domaines, y compris en faisant référence à Martin Luther King et à Barack Obama.

En guise de dessert, ce sont les propos de jeunes Sénégalais rencontrés la veille en banlieue dakaroise qu’elle cite: «Soyons solidaires comme les grains de l’épi de maïs, forts comme comme le baobab, courageux comme le lion».

Tonerre d’applaudissements et bousculade pour approcher celle qui a osé. «Elle a le courage de dire ce qu’elle pense», explique aussitôt Abdoulaye Wilane, le responsable de communication du PS: «Pardon, c’est une marque de grandeur mais il faut être courageux pour dire pardon. Ségolène est comme elle est, c’est une marque déposée».

A la sortie, un vieux monsieur en boubou déclare: «Je lui tire ma révérence pour ce qu’elle a dit. La révérence, c’est la France». Un journaliste sénégalais: «C’est un discours de chef d’Etat, c’est le discours qu’aurait du avoir Sarkozy».

Pour la presse sénégalaise, Royal a “lavé l’affront” de Sarkozy (NOUVELOBS.COM)

Des journaux sénégalais privés, tel Le Matin, jugent que la socialiste française Ségolène Royal “a lavé l’affront” qu’avait infligé Nicolas Sarkozy aux Africains en juillet 2007 en demandant “pardon” pour le discours très discuté du président français.
Dans un article à la Une, le quotidien Le Matin indique que “le bouillant Sarkozy avait ‘insulté’ tous les Africains à Dakar. Ségolène Royal, en visite sur les lieux du crime, a lavé l’affront en nous demandant pardon”.
“Merci chère ‘compatriote’ même si l’on sait que Sarko mérite difficilement notre pardon”, ajoute le journal, à l’adresse de Ségolène Royal née il y a 55 ans à Dakar.

“Une baffe… Royal à Sarko”

“Quelqu’un est venu ici vous dire que ‘l’Homme africain n’est pas encore entré dans l’Histoire’”, avait notamment dit lundi Ségolène Royal au siège du Parti socialiste sénégalais. “Pardon, pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et -je vous le dis en confidence- qui n’engagent ni la France, ni les Français”, avait lancé l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle en France.
Selon le journal Walfadjiri, “Ségolène Royal a taclé hier le président français Nicolas Sarkozy”, tandis que le journal Le Populaire évoque “Une baffe… Royal à Sarko”, en reprenant de longs passages de son discours.
Néanmoins, les journaux sénégalais ne se sont pas beaucoup intéressés à ce discours. Certains n’évoquent pas le sujet, dans un pays où la presse écrite traite rarement à chaud l’actualité.
Le quotidien gouvernemental Le Soleil, dont la Une est dédié à un portrait et une phrase du président sénégalais Abdoulaye Wade, ne consacre qu’un court article à la conférence publique de Ségolène Royal. Mais l’agence de presse sénégalaise (APS, publique) en fait sa Une sur son site internet.

Ecrire un commentaire