jeudi, 26 mars 2009

PLAN DE RELANCE

"Sarkozy ne comprend plus ce qu'il se passe"

Michel Sapin estime que Nicolas Sarkozy a fait une "erreur de diagnostic gravissime" sur la croissance et qu'un plan de rigueur semble désormais inéluctable. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Dans un entretien à nouvelobs.com, le secrétaire national du PS en charge de l'Economie, Michel Sapin revient sur le discours de Saint-Quentin. Pointant la "suffisance" et "l'aveuglement" du chef de l'Etat, il appelle à une prise rapide de décisions.

 


Que pensez-vous du discours de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin le 24 mars dernier ?

- Pour parodier ce qui a été dit à propos du G20, la caractéristique du discours de Nicolas Sarkozy, c'est qu'il a annoncé qu'il ne décidait rien.
Alors que la crise s'aggrave, l'Insee vient de revoir ses prévisions de croissance à la baisse à -3% pour 2009, Nicolas Sarkozy annonce qu'il ne changera pas son plan de relance, alors que celui-ci a été élaboré avec des prévisions de croissance de +0,5%.
Je crois que le président ne tient pas compte de l'aggravation de la situation.

Pourtant, le discours du président a quelque peu changé depuis le début de la crise…

- Le président a changé de discours, c'est évident. Il ne parle plus de capitalisme tout puissant. Il parle désormais de régulation, d'intervention de l'Etat dans l'économie. Mais il ne change pas de décisions.
Pourtant, ce sont précisément les décisions qu'il a prises et qui ne sont plus adaptées à la situation qu'il devrait revoir. Je pense notamment au bouclier fiscal ou à la défiscalisation des heures supplémentaires.
Son discours évolue au gré des événements, mais Nicolas Sarkozy maintient une forme d'obstination dans ses prises de décisions.
Aujourd'hui les mots ne suffisent pas, il faut des actes.

Le président a appelé de ses vœux un "capitalisme moral". Comment peut-on moraliser le système capitaliste ?

- Je n'aime pas les leçons de morale du président de la République. Il faut des règles, pas de la morale.
Il faut supprimer les paradis fiscaux, il faut empêcher que des dirigeants d'entreprises, surtout si ces dernières sont aidées par l'Etat, touchent des bonus, des primes de départ ou des stock-options.
Mais pour transformer tout ce système, il faut légiférer.
Nous n'avons pas besoin de leçon de morale. Il faut des décisions.

Hier, devant les députés UMP, Nicolas Sarkozy a réaffirmé que "quand il y a une grève comme celle du 19 mars, le pays n'est plus paralysé" ? Encore une provocation ?

- C'est totalement irresponsable parce que le 19 mars dernier, il y avait bien sûr les salariés du service public qui s'étaient mobilisés, mais aussi et surtout ceux du secteur privé. Le chef de l'Etat s'en réjouit et tombe une nouvelle fois dans la facilité de langage.
En plus de son contentement de lui-même, il ne comprend plus ce qu'il se passe dans le pays.
Nicolas Sarkozy fait preuve de suffisance, de renfermement sur lui-même, d'aveuglement sur la réalité économique et sociale du pays.
Je crois qu'il confond le volontarisme et la volonté.

Que propose le PS pour lutter efficacement contre les effets de la crise économique ?

- Je crois que les propositions du Parti socialiste sont bien plus adaptées à la situation. On a pris la mesure de la crise et de ses conséquences sociales, comme le chômage de masse notamment.
Le gouvernement a mis en place un plan de relance de 26 milliards d'euros alors qu'il en faudrait le double!
Il faut soutenir le pouvoir d'achat, d'où notre proposition d'accorder une prime exceptionnelle de 500 euros pour 40% des Français. Il faut également modifier les allocations chômage, en revoyant particulièrement la durée et le montant de l'indemnisation.
En ce sens, notre plan de relance est une bonne réponse. A nous maintenant de l'expliquer même s'il y a encore des progrès à faire en termes d'homogénéité de parole et de solidarité dans l'action.

Interview de Michel Sapin par Mathieu Carbasse
(le jeudi 26 mars 2009)

jeudi, 30 octobre 2008

Mille milliards de dollars

 

 

Thomas Piketty est directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris, il a écrit cette chronique dans les pages « rebonds » de Libé.du 28 octobre 2008

(Thomas Piketty travaillait avec Ségolène Royal lors de la campagne des présidentielles).

40 milliards pour recapitaliser les banques françaises, 320 milliards pour garantir leurs emprunts, 1 700 milliards au niveau européen : qui dit mieux ? En se lançant dans une course poursuite à qui annoncera le plan de sauvetage le plus énorme, les gouvernements des pays riches ont pris de gros risques.

Tout d’abord, rien ne garantit que cette stratégie de communication permette d’éteindre la crise et d’éviter une douloureuse récession. Les marchés financiers aiment bien les gros chiffres. Mais ils aiment aussi savoir précisément à quoi servira l’argent, qui disposera réellement de quelles sommes, pendant combien d’années, sous quelles conditions, etc. Or, de ce point de vue, l’opacité règne en maître. En vérité, les gouvernements se comportent comme les pires sociétés qu’ils sont censés réguler. Toutes les techniques de la manipulation comptable y passent, avec une mention spéciale pour notre président national. On mélange des flux annuels et des stocks, de l’argent frais avec de simples garanties bancaires, on compte plusieurs fois les mêmes opérations… Et on additionne le tout : plus c’est gros, mieux ça passe. Et on se retrouve dans une situation ubuesque où les autorités américaines et françaises donnent hâtivement et sans réelles contreparties de l’argent public à des banques qui n’en veulent pas. Les 10 milliards prêtés la semaine dernière aux grands établissements français sont supposés permettre de relancer le crédit, mais l’engagement est purement verbal. Il existe pourtant tout un arsenal législatif et réglementaire permettant de contraindre les banques à prêter une partie de leurs fonds aux PME, et qui aurait mérité d’être revisité et amélioré dans la crise actuelle.

Ensuite et surtout, cette stratégie fondée sur l’affichage trompeur de chiffres en centaines de milliards risque de désorienter durablement les citoyens. Après avoir expliqué pendant des mois que les caisses étaient vides, que la moindre économie portant sur quelques centaines de millions d’euros était bonne à prendre, voici que la puissance publique semble prête à s’endetter sans limite pour sauver les banquiers !

La première source de confusion méritant une explication vient du fait que l’on mélange constamment des flux annuels de revenus et de production avec des stocks de patrimoine, alors que les seconds sont beaucoup plus importants que les premiers. Par exemple, en France, le revenu national annuel, c’est-à-dire le PIB diminué de l’usure des équipements, est de l’ordre de 1 700 milliards (30 000 euros par habitant). Par contre, le stock de patrimoine national atteint 12 500 milliards (200 000 euros par habitant). Pour passer aux niveaux américains ou européens, ces chiffres doivent être grosso modo multipliés par six : 10 000 milliards de revenu, 70 000 milliards de patrimoine.

Le second point important est que ces revenus et patrimoines sont à 80 % la propriété des ménages : par définition, les entreprises ne possèdent presque rien, puisqu’elles distribuent l’essentiel de ce qu’elles produisent aux ménages salariés et actionnaires. C’est ce qui permet de comprendre pourquoi le choc initial provoqué par la crise des subprimes, évalué à environ 1 000 milliards de dollars (soit l’équivalent de 10 millions de ménages américains ayant chacun emprunté 100 000 dollars), bien que d’une ampleur modeste par comparaison au patrimoine total des ménages, puisse menacer d’effondrement l’ensemble du système financier. La plus grande banque française, BNP Paribas, affiche ainsi 1 690 milliards d’actifs pour 1 650 milliards de passifs, soit 40 milliards de fonds propres. Les comptes de Lehman Brothers avant la faillite n’étaient guère différents, de même que ceux des autres banques de la planète. Le fait central est que les banques sont des organismes fragiles qui peuvent être dévastés par un choc de 1 000 milliards de dévalorisations d’actifs.

Face à une telle réalité, intervenir pour éviter la crise systémique est légitime, mais cela ne peut se faire qu’à plusieurs conditions. D’abord, s’assurer que les actionnaires et dirigeants des banques renflouées par le contribuable paient le prix de leurs erreurs, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les interventions récentes. Ensuite et surtout, mettre en place une régulation financière implacable permettant de s’assurer que l’on ne pourra plus diffuser impunément des actifs toxiques sur les marchés - avec la même vigueur que les agences de sécurité alimentaire contrôlent l’introduction de nouveaux produits. Cela ne pourra jamais se faire tant qu’on laissera plus de 10 000 milliards d’actifs gérés dans les paradis fiscaux de la façon la plus opaque. Et il faut mettre fin aux rémunérations indécentes observées dans la finance, qui ont contribué à stimuler des prises de risque excessives. Cela passera nécessairement par un alourdissement de la progressivité fiscale pour les plus hauts revenus, aux antipodes de la politique française de bouclier fiscal, qui vise au contraire à exonérer à l’avance les plus favorisés de tout effort pour payer la note. Avec une telle stratégie, il est probable qu’il faille se préparer à des crises plus violentes encore, sociales et politiques.

 

mardi, 19 août 2008

"Nous sommes dans l'impasse"

3 questions à Jean-Marie Harribey,
co-président d'ATTAC,
professeur agrégé de sciences économiques et sociales, Maître de conférences à l'université Bordeaux I

nouvelobs.com


Michel Sapin, socialiste, estime que "le plan de rigueur est déjà là" et que le gouvernement devrait annuler le paquet fiscal de 15 milliards d'euros pour relancer l'économie française. Le gouvernement peut-il revenir sur cette mesure ? Cela arrangerait-il la situation économique en France ?

- Pour répondre à cette question, il faut revenir un an en arrière. Les économistes libéraux ont mis beaucoup de temps à reconnaître qu'il y avait une crise. Une crise tout d'abord financière qui a vu le jour aux Etats-Unis, la plus importante depuis 1929, et qui ne pouvait que dégénérer en crise mondiale. Cette crise s'est ensuite transformée en crise alimentaire avec l'augmentation des tarifs des matières premières. Il y a eu une crise de l'immobilier mais aussi une crise écologique. Les libéraux ne voulaient pas reconnaître cette crise systémique.
Aujourd'hui, il faut que le gouvernement remette en cause la marchandisation du monde. Il faut revoir la politique néolibérale, soutenue par les grands groupes industriels, dont le paquet fiscal qui est un cadeau fait aux plus riches qui se sont déjà enrichis fortement ces dernières années. Alors qu'on observe, dans un même temps, un appauvrissement des ménages les plus pauvres. Il faut mettre fin à ce type de politique. Il faut profiter de cette crise pour remettre en cause les politiques menées depuis trente ans et faire de l'économie autrement.

Selon Christine Lagarde, les réformes à venir vont permettre d'améliorer le pouvoir d'achat des Français et de stopper la récession. De quelles marges de manœuvre dispose le gouvernement face à un phénomène de récession mondiale ?

- Lorsqu'on écoute Christine Lagarde, on éprouve de la colère ou on part dans un éclat de rire général.
Lorsque les tarifs du gaz et de l'électricité augmentent de 2 et 5%, qu'on y ajoute la hausse des prix et des tarifs publics, on ne voit pas comment le pouvoir d'achat des Français pourrait s'améliorer.
Le gouvernement a gaspillé ses capacités d'action après l'élection de Nicolas Sarkozy, notamment avec le cadeau fiscal fait aux plus riches qui étaient déjà de gros consommateurs. Par conséquent, le paquet fiscal n'a eu aucun effet sur la consommation.
Aujourd'hui, il n'y a aucune marge de manœuvre pour le gouvernement. Il n'y a eu aucune réflexion quant au remodelage de l'appareil productif. Nous sommes dans l'impasse.

Quels sont les moyens appliqués dans les autres pays européens et aux Etats-Unis pour faire face à la récession ? Ces mesures sont-elles applicables en France ?

- Depuis un an, nous avons pu observer les actions des banques centrales aux Etats-Unis comme en Europe afin de remettre les banques à flots. Les banques centrales ont volé au secours des institutions ayant trop spéculé et qui avaient pris trop de risques.
Les banques centrales se sont concertées. Elles ont ouvert les vannes du crédit et ont joué ainsi au pompier pyromane. Mais ce n'était pas suffisamment car il n'y a pas eu d'effet sur l'économie réelle. Alors le gouvernement a pris des mesures d'ordre fiscal.
En France, comme en Europe, le gouvernement a très peu de marge de manœuvre, car les taux directeurs sont très élevés. Cela réduit les possibilités.

Interview de Jean-Marie Harribey par Valérie Auribault
(le lundi 18 août 2008)

mardi, 09 mai 2006

Conférence de presse d'Eric Besson, député PS de la Drôme et secrétaire national du PS à l'économie

Lors d’une conférence de presse, le 3 mai, Eric Besson, secrétaire national du PS à l’économie, a souligné, chiffres du ministère des finances à l’appui, l’échec lourd du gouvernement en matière économique.

Croissance molle, dette publique vertigineuse ou encore augmentation du nombre de RMIstes, le programme économique de la droite a prouvé son inefficacité et gravement dégradé la situation économique française.


Réaliste, Eric Besson estime que les marges de manœuvres pour le prochain gouvernement seront limitées, demandant « un pilotage macro-économique très fin ». « Aucun des ministres des finances que la droite épuise régulièrement au bout de quelques mois à Bercy n’a su restaurer la confiance, pas plus auprès des Français que de nos partenaires européens. La France n’est plus aujourd’hui en situation d’impulser, au niveau communautaire, une politique économique coordonnée. Au cours de ces quatre années, c’est le crédit de la France qui s’est érodé ».

 

 

Quatre ans de gestion économique de l’UMP :

un échec cinglant et inquiétant

 

Printemps 2002. La droite décline son programme économique sous forme de slogans : il s’agit de « libérer les énergies », « réhabiliter le travail », « baisser les impôts et les charges ».

L’UMP revendique alors son « pragmatisme » et demande à être « jugée sur ses résultats». Comme il l’a fait chaque année, le Parti socialiste dresse ici le bilan de quatre ans de gestion de l’UMP. Cet exercice fait apparaître une situation économique, budgétaire et fiscale très dégradée comme en témoignent une croissance molle, un emploi marchand stagnant, un commerce extérieur lourdement déficitaire, une dette publique croissante et non maîtrisée, et une augmentation des prélèvements obligatoires qui n’atténue pas l’aggravation des déficits publics.

Les revenus du capital et de la rente auront été mieux traités que les revenus tirés du travail, le pouvoir d’achat des ménages modestes aura été amputé.

Le gouvernement qui sera issu des urnes en 2007 ne disposera, compte tenu de l’ampleur de la charge annuelle de la dette, que de marges de manœuvre très limitées et devra, au surplus, assumer les mesures non financées qui représentent au bas mot 50 milliards d’euros pour la prochaine législature.

 

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Depuis 4 ans, la droite a les coudées franches pour conduire la politique économique de son choix. Elle ne peut plus se prévaloir d’on ne sait quel « héritage » pour justifier son triste bilan. Elle ne peut pas non plus accuser la fatalité et expliquer les performances économiques décevantes de notre pays par le contexte international, puisque la croissance de la France a rejoint la moyenne de la zone euro alors qu’il jouait un rôle moteur dans la croissance européenne il y a encore cinq ans.

 

Même dans une économie ouverte et, comme telle, soumise aux fluctuations conjoncturelles internationales, la politique économique conserve un rôle prééminent, ne serait-ce que parce que dans une économie moderne comme la nôtre, la moitié de la richesse produite annuellement transite d’une manière ou d’une autre par les administrations publiques.

 

Encore faut-il que cette politique économique repose sur un diagnostic juste et une orientation cohérente.

 

Encore faut-il qu’elle fasse naître, chez les producteurs et les consommateurs, le sentiment que la barre est tenue vers un cap précis.

 

Encore faut-il que les mesures envisagées soient expliquées et perçues comme équitables.

 

Encore faut-il que la politique économique s’inscrive dans le respect du pacte social construit par notre pays depuis la Libération, qu’il est vain de vouloir rayer d’un trait de plume sous couvert de lutte contre des « rigidités » qui ne sont souvent que l’envers de garanties sociales minimales.

 

Aucun des ministres des finances que la droite épuise régulièrement au bout de quelques mois à Bercy n’a su restaurer la confiance, pas plus auprès des Français que de nos partenaires européens. La France n’est plus aujourd’hui en situation d’impulser, au niveau communautaire, une politique économique coordonnée. Au cours de ces quatre années, c’est le crédit de la France qui s’est érodé.

 

En concentrant l’orientation du gouvernement vers des projets qui ne constituaient qu’autant de mesures de régression, et comme telles inacceptables, inutiles et inapplicables, la droite a rendu le seul mot de « réforme » répulsif pour une grande majorité de français. En cela, la droite porte une lourde responsabilité pour l’avenir. Pour convaincre les Français que le changement, la transformation, sont des notions positives, il reviendra aux socialistes, par leur projet, de rappeler que notre pays peut aller de l’avant, retrouver imagination et audace, quand à la recherche de l’efficacité économique s’allie le souci du progrès social.

 

1. Quatre années de stagnation économique : la France qui décroche, l’emploi à la traîne

 

1.1 La croissance molle

 

Dès son arrivée au pouvoir, la droite justifiait son « projet » économique, à base de baisse de la fiscalité et de déréglementation du marché du travail par la nécessité de « libérer les énergies » et donc de relancer fortement la croissance et l’emploi. Quatre ans plus tard, la différence entre les mots et les actes est frappante.

 

En quatre ans, le rythme de croissance de l'économie française a été divisé par deux. Il est désormais de 1,5 % par an (5,2 % en cumulé depuis la mi 2002, soit à peine un point de plus que pour la seule année 2000) contre 3 % par an en moyenne sous la précédente législature.

 

Malgré un environnement international très dynamique (4,2 % de croissance mondiale en 2005, après 3,8% en 2004), la France décroche vis-à-vis de ses principaux partenaires. Depuis la mi 2002, l'avance de la France sur la zone euro en matière de croissance du PIB a été divisée par quatre. L’écart dans les rythmes de croissance est maintenant négligeable (+ 0.15 point par an) alors qu’il avait atteint 0,6 % en moyenne entre 1997 et 2002. Encore ne s’agit-il là que d’une comparaison entre la France et l’une des grandes zones économiques mondiales dont la performance en matière de croissance est médiocre depuis plusieurs années. Ainsi, la croissance française est inférieure de près de 2 points à celle des Etats-Unis en moyenne au cours des quatre dernières années, alors que la France faisait quasiment jeu égal avec les Etats-Unis entre 1997 et 2002.

 

Cette incapacité de l’économie française à tirer profit du dynamisme de la croissance mondiale se reflète dans la détérioration continuelle du commerce extérieur. Selon les comptes nationaux de l'INSEE, le déficit extérieur se traduit chaque année par une perte d’un point de croissance depuis quatre ans. Régulièrement déficitaire depuis quatre ans (- 4,2 milliards d'euros en 2003, - 10,4 en 2004), le solde des échanges entre la France et le reste du monde a vu sa situation brutalement se dégrader l'an passé, son déficit atteignant 26,5 milliards d'euros, soit près du triple en un an.


1.2 Emploi et pouvoir d’achat : un mandat pour rien

En matière d’emploi et de chômage, le bilan de la droite constitue une véritable occasion manquée. En effet, le nombre total d’emplois (dans le secteur marchand non agricole) est passé de 15.465.100 en juin 2002 à 15.489.200 en décembre 2005 (derniers chiffres connus). Ainsi, depuis que la droite est au pouvoir, la France a créé 24.100 emplois nets, soit moins de 7.000 par an. Le bilan de la gauche, toujours selon les statistiques du ministère du travail et de la cohésion sociale, est aux antipodes de celui de l’actuelle majorité. Ainsi, le nombre total d’emploi est passé de 13.360.800 en juin 1997 à 15.465.100 en juin 2002, soit 2.104.300 créations nettes d’emplois ou 421.000 par an. La France a donc créé 65 fois plus d’emplois avec la gauche qu’avec la droite au bout de quatre années de mandat. Lorsque la gauche a quitté le pouvoir en mai 2002, la France comptait 2.242.700 chômeurs, soit 894.800 chômeurs de moins qu’en juin 1997 (3.137.500). Son bilan sur quatre ans est encore plus net, puisque la France comptait 1.056.400 chômeurs de moins en Juin 2001 qu’en Juin 1997, soit près de 22.000 en moins chaque mois.

 

En la matière, le bilan de la droite est d’une tout autre nature, puisque depuis son retour au pouvoir, la France compte 45.600 chômeurs de plus qu’elle n’en comptait quatre ans auparavant (2.242.700 en mai 2002 contre 2 288 300 en mars 2006), soit 1000 de plus chaque mois. Depuis 2002, le taux de chômage est remonté à plus de 10 %, atteint 9,5 % aujourd’hui et pourrait, du moins selon le gouvernement, descendre sous les 9 % d’ici à la mi 2007.

 

Depuis 3 ans, le bilan de la droite en matière de pouvoir d’achat est particulièrement mauvais. Le revenu disponible brut des ménages[1], corrigé par l’évolution de l’indice des prix à la consommation harmonisé[2], n’a augmenté que de 1,8 % entre le deuxième trimestre 2002 et le deuxième trimestre 2005, soit à peine 0,6 % par an.

 

Rappelons que sous le gouvernement de Lionel Jospin, entre le deuxième trimestre 1997 et le deuxième trimestre 2002, le pouvoir d’achat des ménages avait augmenté de 17 %, soit 3,4 % par an.

 

2. La droite ne sait pas gérer l’économie

 

La droite a longtemps fait le procès d’une gauche incapable de gérer l’économie. Elle ne sait pourtant qu’invoquer la nécessité du « laissez faire » pour masquer son incapacité à piloter efficacement l’économie. Or, si l’Etat n’intervient plus autant directement dans la production, il n’en demeure pas moins qu’il conserve un rôle majeur dans le lissage des inflexions conjoncturelles. Un pilotage efficace peut permettre à un pays d’élever durablement son rythme de croissance, comme nous l’avons montré entre 1997 et 2002. Symétriquement, l’absence de pilote dans le cockpit de Bercy depuis quatre ans contribue à la morosité économique.

 

2.1 L’erreur de diagnostic et l’aveuglement idéologique

 

La droite a commis une erreur de diagnostic : en imputant aux « rigidités structurelles » l’essentiel des difficultés économiques de notre pays, elle a totalement négligé les mesures conjoncturelles, allant jusqu’à la mise en place de mesures totalement contre-productives. En effet, le discours sur « les rigidités » mine la confiance des ménages. Le projet de CPE, par exemple, constitue l’exemple même de réformes sans contreparties qui nourrissent le sentiment, désormais très ancré chez les Français, que l’avenir offrira toujours plus de précarité et moins de protection, que les garanties dont disposent les générations actuellement au travail ne seront plus applicables aux générations à venir. Comment demander aux Français d’avoir confiance en l’avenir dans ces conditions ?

 

Cette obsession des réformes structurelles menées à la hussarde est par ailleurs extrêmement nuisible à l’image de la France à l’étranger. Comment le gouvernement peut-il d’un côté plaider pour l’installation sur notre territoire de nouvelles entreprises étrangères et déplorer chaque jour les multiples blocages qui entraveraient le fonctionnement de notre économie ? En précipitant dans la rue des centaines de milliers de français ce printemps, le gouvernement a projeté vers le reste du monde l’image d’une société bloquée, n’avançant qu’à coups de crises successives. Rappelons que la gauche a su prendre des mesures courageuses, notamment les restructurations industrielles douloureuses dans les années 1980, sans pour autant tenir le discours de la déploration, mais au contraire en accompagnant la reconversion des régions sinistrées. Rappelons que plus récemment la gauche a mené une politique de réduction du temps de travail sans pour autant perdre la confiance de nos partenaires européens.

 

Par aveuglement idéologique, la droite a choisi de démanteler systématiquement tout ce que la gauche avait construit, sans se soucier des conséquences de ces décisions. Rappelons pêle-mêle la suppression des emplois jeunes, la diminution des crédits du programme TRACE, la baisse durant trois ans des crédits en faveur des emplois aidés. La remise en cause de la réduction du temps de travail en période de creux conjoncturel constitue un autre exemple de mesure essentiellement idéologique contre-productive. Enfin, la droite a renoué avec ses penchants les plus réactionnaires, en répondant à la crise des quartiers populaires par la mise en place de l’apprentissage dès 14 ans. Est-ce là une mesure cohérente, alors que la généralisation des nouvelles technologies conduirait plutôt à solidifier le bagage général des jeunes afin d’accroître leur adaptabilité ?

 

2.2 Les deux doubles discours : prétendre restaurer la « valeur travail » et privilégier la rente ; prétendre réduire la fiscalité et accroître le poids des prélèvements obligatoires

 

La droite a relevé en 2005 le plafond de don entre vifs exonérés de droits de succession. En 2006, elle a raccourci le délai entre deux donations de 10 à 6 ans. Ces mesures sonnent le glas des droits de succession et favorisent les catégories les plus aisées, permettant aux familles fortunées d’accroître encore les inégalités de patrimoine, par exemple pour accéder à la propriété dans un contexte de hausse des prix des logements. Pour ceux qui n’ont pas la chance de bénéficier de ces « coups de pouce familiaux », qu’a fait le gouvernement ? Rien, sinon étendre le prêt à taux zéro aux ménages touchant entre 4000 et 7000 euros en zone urbaine. Rappelons que selon l’INSEE, 95 % des familles de 4 personnes se situent en dessous de ce seuil. La rente foncière sera encore encouragée par la mise en place prochaine du mécanisme dit « d’extraction hypothécaire », qui permettra aux heureux propriétaires de bénéficier de prêts à taux réduit en empruntant sur la valeur de leur logement.

 

En arrivant au pouvoir, la droite n'avait de cesse de proclamer que le poids des impôts et taxes était « confiscatoire » et qu'elle oeuvrerait rapidement pour le faire baisser. Au bout de quatre ans, son bilan est inverse : les prélèvements obligatoires ont augmenté. Ils atteignent 44,3 % du PIB, contre 43,1 % en fin 2002. En 2005, les prélèvements obligatoires sont passés de 43,5 % à 44,3 % du PIB, ce qui représente une hausse des prélèvements de près de 13 milliards d'euros pour cette seule année. Pour sa part, la gauche avait baissé les prélèvements obligatoires de 0.3 point de PIB sur l'ensemble de sa mandature, et les avait maintenus inchangés au bout de quatre ans.

 

La hausse des prélèvements organisée par la droite se caractérise par son injustice, puisqu'elle frappe principalement les plus démunis et favorise les plus fortunés. Ainsi, plus de 25 milliards d'euros de baisse d'impôt sur le revenu auront été accordés au profit des Français qui ont les revenus les plus élevés. La création du « bouclier fiscal » et la suppression à venir de l’abattement de 20% de l’impôt sur le revenu sont des mesures particulièrement injustes, ce dernier dispositif étant capté selon l’OFCE à 60% par les 20% les plus fortunés et 40% aux 10% les plus fortunés.

 

En parallèle, tous les Français doivent supporter les hausses de prélèvements sociaux (CSG sur les PEL pour 800 millions d’euros, hausse du forfait hospitalier de un euro par an, ….), les déremboursements nombreux en matière de santé, les augmentations d'impôts locaux suite à un désengagement massif de l'Etat sur les collectivités locales et le refus d’agir du gouvernement face aux hausses du prix du pétrole, des tarifs publics, du gaz et de l'électricité, des loyers et des charges.

 

Toutes ces ponctions ont eu pour conséquence de diviser par deux la hausse du pouvoir d’achat au cours des quatre dernières années. Cette situation est d’autant moins acceptable que le gouvernement épargne non seulement les riches contribuables mais aussi les entreprises fleurissantes, puisqu’il se refuse à prélever une part des 150 milliards d’euros de bénéfices engrangés par les grands groupes du CAC au cours des deux dernières années (85 milliards d’euros de bénéfices réalisés cette année par les groupes du CAC (66,2 milliards en 2004 et 84,3 en 2005).

Encadré : Une aggravation sans précédent de la charge fiscale réelle pesant sur les ménages

Depuis 2002, aux 40 Md€ de baisses d’impôt financées à crédit, et profitant en majorité aux ménages les plus aisés, a ainsi répondu le relèvement des prélèvements sociaux et de la fiscalité indirecte pour tous : +11 Md€ entre mai 2002 et 2006, dont :

+8,4 Md€ entre 2002 et 2006 au titre des diverses hausses de prélèvements sociaux (hausse de la CSG dans le cadre de la réforme de l’assurance maladie, loi vieillissement et solidarité, hausse des taux de l’UNEDIC, …)

+2,1 Md€ sur la fiscalité sur les produits pétroliers et +0,5 Md€ sur le tabac

+ 3 Mds€ de hausse de la fiscalité locale,

Une augmentation sans précédent des tarifs des services publics dans le secteur de l’énergie (GDF, EDF) et ce, alors même qu’à l’autre extrémité de l’échelle, les ménages les plus aisés ont été les principaux bénéficiaires des mesures fiscales de l’actuelle majorité. Qu’on en juge par les 6 milliards d’allègement d’impôts supplémentaires annoncés par le Ministre des Finances dans le budget 2006 pour 2007. Parmi ces mesures :

Une baisse de l’impôt sur le revenu centrée sur les ménages aisés : 3,6 milliards d’allègements prévues en 2007…… qui bénéficiera, pour 40%, aux 10% de ménages les plus aisés, alors que les 10 % les plus pauvres ne recevront que 2 % des gains et les « classes populaires » (50 % de la population) seulement 20 %, selon l’OFCE.

L'instauration du "bouclier fiscal" pour quelques-uns: le plafonnement de l'imposition des personnes à 60 % des revenus profitera ne bénéficiera qu’à 14.000 ménages en France assujettis à l'impôt de solidarité pour une baisse moyenne d’impôt de 18.000 euros.

Une réforme contestable de l’ISF. L’abattement de 75 %, sur les actions détenues par les salariés et dirigeants d'entreprise ne profitera qu'à environ 12.000 contribuables pour un coût pour le budget de l’Etat de 68 millions d'euros.

 

Tout ceci s’ajoutant à la note déjà salée déjà laissée par le Ministre Sarkozy au profit des plus aisés :

Un ISF réduit et tronqué du fait de l’actualisation du barème au seul bénéfice des 300.000 foyers les plus aisés[3] ;

Une baisse des droits de successions, qui aura coûté 600 millions d’euros, et aura permis d’exonérer les successions comprises entre 100.000 et 200.000 € alors que le montant moyen des donations est de 55.000 euros ;

Une hausse de la réduction d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, qui aura coûté à l’État plus de 100 millions d’euros, pour un bénéfice concentré entre les mains de moins de 100.000 bénéficiaires, soit 0,2 % des foyers fiscaux !

Plus structurellement, la politique fiscale de l’actuelle majorité – et son attentisme coupable sur les autres volets de la fiscalité – n’ont fait que renforcer les défauts désormais bien connus de la structure du système fiscal français – sa très faible progressivité

 

Premièrement, la part des prélèvements affectant le prix des produits a fortement diminué en 20 ans, reflétant la forte réduction des taux français consécutive à la construction du système européen de TVA (disparition du taux majoré, du taux intermédiaire, etc.).

 

Deuxièmement, la part des prélèvements affectant le coût du travail est restée stable durant les années 1980, avant de diminuer fortement à compter du début des années 1990, traduisant la priorité donnée par les gouvernements successifs à la réduction des cotisations sociales employeurs.

 

Enfin, la part des prélèvements affectant le revenu des ménages n’a cessé de croître, reflétant un transfert de charge fiscale des entreprises vers les ménages.

En outre, cette mutation s’est accompagnée d’une montée en puissance des prélèvements proportionnels aux revenus (CSG, CRDS) au détriment de l’IRPP. Ce dernier, qui représentait 11,6% des prélèvements obligatoires en 1980 n’en représentent plus que 7,5% en 2005, compte tenu notamment des baisses successives de barème et de la multiplication des exonérations.

 

En d’autres termes, la progressivité exerce désormais une influence marginale dans le système fiscal français.

Notre fiscalité contribue peu à la correction des inégalités compte tenu notamment du poids des prélèvements proportionnels (tels que la TVA). Les prélèvements sur les ménages représentent une part relativement stables des revenus, que l’on soit cadre ou employé. La fiscalité française affiche une prétention redistributive ; en réalité, elle ne l’est pas.

Le principal outil redistributif du notre système fiscal, l'IR, qui ne rapporte que 17 % des recettes fiscales, ne joue pas pleinement son rôle, et voit son poids dans les prélèvements obligatoires diminuer régulièrement depuis 20 ans, réduisant l’importance de la redistributivité qu’il opère. Pour redonner à cet impôt son rôle originel, des réformes structurelles sont indispensables.

En outre, la réforme fiscale 2007 proposée par Dominique de Villepin réduira encore la progressivité de l'impôt sur le revenu, déjà entamée par la réforme Balladur (faisant passer le nombre de tranches de 11 à 6), puis par la baisse des taux marginaux accomplie par les gouvernements Jospin et Raffarin.

 

Depuis mai 2002, sous l’action des gouvernements UMP, la France réussit la « prouesse » de cumuler une progressivité de son système fiscal très faible et un niveau de prélèvements et de dépenses comparable à celui des pays scandinaves tout en procurant un bien-être social à peine supérieur, à bien des égards, à celui qu’on trouve aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

 

2.3 L’échec de la politique budgétaire

 

La droite manquait d’ambition lorsqu’elle escomptait en 2005 simplement respecter ses engagements européens. Pourtant, son bilan n’a même pas été à la hauteur de cet objectif modeste.

 

En 1997, le gouvernement avait qualifié la France pour l’euro en réduisant le déficit public de

1,1 point de PIB. Entre 1998 et 1999, le déficit public a été une nouvelle fois réduit de 0,9 point, passant de 2,7 à 1,8 % du PIB. Jamais la France n’avait du subir l’affront d’une mise en demeure pour « déficit excessif », son déficit ayant toujours été inférieur à 3% du PIB et sa dette à 60% du PIB. Pour la première fois en trente ans, cette dernière avait même reflué au cours d’une mandature.

 

En revanche, depuis 2002, les déficits publics ont été systématiquement supérieurs à 3 %. Il est repassé sous les 3 % en 2005. Il s’agit toutefois bien plus d’une série d’artifices comptables que d’une véritable amélioration structurelle des finances publiques. En effet, si l’on ne tient pas compte des événements exceptionnels, tels que le report d’enregistrement de dépenses militaires pourtant votées, de la soulte versé par EDF et de l’anticipation en 2005 des recettes, le déficit public se serait établi à 3,6 % du PIB, soit rigoureusement au même niveau qu’en 2004. Si on y ajoute la hausse de un point de taux de prélèvements obligatoires, en contradiction avec les engagements du gouvernement, il aurait atteint 4,6% du PIB.

 

La meilleure preuve de la détérioration continue des finances publiques est la progression rapide de la dette publique.

 

Malgré les discours lénifiants consacrés par les quatre ministres de l’économie (en quatre ans) à la nécessité de résorber la dette, elle est passée de 58,8% du PIB en 2002 à 66,8% en 2005, soit une hausse de huit points en quatre ans. On est bien loin des 66 % promis il y a encore quelques semaines, très loin des 60 % du pacte de stabilité et de croissance et encore plus loin des 58,8% laissés par la gauche. Le seul épisode comparable, en temps de paix, d’une telle envolée de la dette publique est celui de 1993-1995, lorsque Monsieur Sarkozy était ministre du budget.

 

Encore une fois, le discours de la droite en la matière est au mieux contradictoire, au pire contre-productif. Alors même que le gouvernement creuse la dette par sa gestion erratique des finances publiques, son ministre des finances organise la « grande peur » de l’explosion de la dette, en ajoutant, dans le discours, à la dette « classique » les dépenses prévisibles non intégrées dans la dette publique. S’il s’agit de montrer à quel point nos finances publiques sont structurellement dégradées, au risque de nourrir une élévation des taux d’intérêt en suscitant l’inquiétude chez les investisseurs internationaux, alors même qu’aucune mesure concrète n’est prise pour inverser cette dynamique, le gouvernement va dans la bonne direction ! Pour reprendre les propos de M. Jean Arthuis, « il y a une schizophrénie entre le discours sur la dette et la gestion des finances publiques ».

 

3. Des bombes à retardement en héritage

 

Après avoir fait campagne en 2002 sur le thème du « déclin français », fondé sur des données qui depuis lors ont été fortement révisées, et alors même que la croissance française était à l’époque l’une des plus rapides du vieux continent, la droite laisse l’héritage de finances publiques détériorées et d’un appareil productif incapable de répondre aux sollicitations du marché mondial. La droite en est réduite à la « cavalerie » : en promettant monts en merveille sans avoir trouvé le début du financement de mesures annoncées à grand fracas.

 

Le gouvernement ne peut prétendre vouloir résorber la dette, et encore moins à compter de 2007, puisque ses principales réformes voient leurs coûts reportés systématiquement au-delà de cette période, comme le démontre le tableau suivant :

 

 


2005

2006

2007

2008

2009

Plan de cohésion sociale

1,1

3,2

3,9

3,9

3,8

Réforme de la TP

0

1,3

2,5

3,2

3,2

Baisse de l’IR

0

0

3,6

3,6

3,6

Total

1,1

4,5

10,0

10,7

10,6

 

Les engagements récents du gouvernement sont incompatibles avec la baisse de la dette. En effet, le démarrage volontairement tardif du plan de cohésion sociale, la réforme de la taxe professionnelle et la baisse, massive, de l’impôt sur le revenu des hauts et des très hauts revenus coûteront bien plus au budget de l’État que les mesures d’économies ne lui rapporteront. Cumulées, ces trois mesures représentent un manque à gagner pour l’État de 10 milliards d’euros par an à compter de 2007, soit près de 50 milliards d’euros. Ce budget est une nouvelle occasion manquée par un gouvernement irresponsable qui poursuit sa fuite en avant en reportant le financement de ses promesses ou de ses cadeaux fiscaux après les échéances de 2007.

 

La presse économique s’est faite récemment l’écho de l’émoi des parlementaires de la majorité devant l’accumulation de mesures non financées. Les seules aides aux restaurateurs atteindraient 350 millions d’euros en 2007. Les principales mesures de la loi sur l’égalité des chances, comme la création de 50.000 contrats d’avenir, la création de nouvelles zones franches dans les quartiers populaires et le crédit d’impôt pour l’apprentissage, ne sont pas davantage financées.

Comment par ailleurs croire le gouvernement lorsqu’il annonce vouloir réduire les dépenses de l’État de 1 % en volume en 2007 dans un tel contexte ?

 

4. Pour les socialistes, il faut renouer avec le volontarisme de la politique économique

 

4.1 : l’expérience de 1997-2002 : une politique économique cohérente, favorable à l’emploi et au pouvoir d’achat, dans le respect de l’équilibre des finances publiques

 

Dès son arrivée au pouvoir, constatant que la léthargie de l’économie française n’était pas principalement causée par des capacités de production insuffisantes ou inadaptées, non plus que par des contraintes financières, le gouvernement de Lionel Jospin a choisi de mettre en oeuvre une véritable stratégie macro-économique, et de s’efforcer dans un premier temps de conforter la demande. Il ne s’est pas agi d’organiser une grande relance budgétaire, que l’état des finances publiques ne permettait pas. En outre, un nouveau creusement des déficits publics aurait aggravé les inquiétudes des agents économiques à cet égard, entretenant la suspicion quant à l’adoption de la monnaie unique et à une nouvelle hausse des prélèvements obligatoires, à terme. D’où la stratégie retenue :

· restaurer la confiance en améliorant les perspectives d’emploi, en redressant les finances publiques et en honorant nos engagements européens, ce qui est aussi une condition de la mise en oeuvre d’une coordination des politiques économiques au service de la croissance à l’échelle de l’Union,

· « ne pas faire de mal aux ménages» : réduire les déficits en excluant tout nouveau prélèvement massif sur les ménages, alors que le taux de prélèvement obligatoire, sous la droite, était passé de 43,7% en 1992 à 45,7% en 1996,

· d’où une relance de la demande, en donnant la priorité à la consommation, dont la reprise conditionnait la remise en marche de la machine économique, y compris de l’investissement.

 

Cette stratégie s’est concrétisée par l’augmentation des prélèvements sur les comptes plus que confortables des grandes entreprises (à hauteur de 3,5 Mds d’euros), sur les hauts revenus (suppression de niches fiscales) et ceux du capital, - tout en faisant un effort d’économie (à hauteur de 1,5 Milliard d’euros de dépenses du budget de l’Etat), pour financer des mesures contribuant à l’accroissement du pouvoir d’achat des ménages, d’abord celui des foyers les plus modestes, dont la propension à consommer est supérieure : quadruplement de l’allocation de rentrée scolaire, substitution de la CSG à l’essentiel des cotisations sociales salariées d’assurance-maladie, allègement de la taxe d’habitation acquittée par les plus pauvres. Les mesures d’urgence prise durant l’été 1997 étaient à la fois socialement justes et économiquement efficaces. Par ailleurs, le SMIC était relevé de 4% au 1er juillet 1997.

 

Sans attendre les effets favorables de cette redistribution de pouvoir d’achat sur l’activité, en améliorant les perspectives d’emploi, facteur de rétablissement de la confiance, par la mise en place de 350 000 emplois-jeunes et de la réduction du temps de travail

 

Il n’a pas pour autant négligé d’entreprendre des actions structurelles, destinées à renforcer l’offre productive, la compétitivité et l’innovation. Ainsi, il a inscrit très tôt parmi ses priorités le combat contre le chômage des personnes les moins qualifiées et les plus éloignées de l’emploi.

Toutefois, il a choisi d’articuler la stimulation de la croissance potentielle de notre économie à une politique macro-économique active visant à combler le sous-emploi des facteurs de production, parce que la croissance, l’augmentation de l’emploi et de l’investissement, des anticipations favorables constituent en soi le meilleur contexte possible pour des réformes de structures de notre économie.

De nouveaux indicateurs de croissance

Pierre-Alain Muet, économiste, prône l’avènement d’un nouvel indicateur de croissance, qui contrairement au PIB, prendrait en compte les coûts de la croissance sur l’environnement. Une nouvelle approche, assez « révolutionnaire », qui consiste à mesurer la production nationale mais en la corrigeant par plusieurs facteurs : les coûts que représente la pollution, les prélèvements sur l’environnement, les dépenses de réparation, et les coûts sociaux, le coût du chômage, le coût des inégalités... Pourquoi les socialistes ont tout intérêt à s’en emparer.



Quel est le défaut majeur de l’indicateur traditionnel de croissance, le PIB (produit intérieur brut) ?

Il ignore complètement les coûts de la croissance sur l’environnement. Ainsi, le PIB comptabilise de façon positive les dépenses de réparation, qui ne font que compenser les destructions du bien-être humain. Par exemple, si une politique de prévention conduit à réduire les accidents de la route, cela va réduire le PIB puisqu’il y aura moins de dépense de santé et moins de dépense de réparation automobile. Ces dépenses ne sont pas des dépenses qui correspondent au bien être, donc il faudrait les enlever du PIB. De la même façon, lorsque l’on détruit la forêt tropicale pour produire des meubles, cela est comptabilisé positivement dans le PIB, alors que c’est un prélèvement sur des ressources non renouvelables.
Notre modèle de croissance va « dans le mur » au niveau de l’environnement et il faut en changer.

Quels sont les nouveaux indicateurs de croissance dont on dispose aujourd’hui ?

Deux types d’indicateurs cherchent à avoir une vision plus large du développement économique. Il y a d’abord l’indice de développement humain (IDH) qu’a élaboré le PNUD. Il mélange trois indicateurs : l’espérance de vie, l’éducation et le produit intérieur brut par tête Cette approche a l’inconvénient de ne pas être comparable au produit intérieur brut, car elle n’est pas un indicateur monétaire, qui peut mesurer des performances économiques.


Comment alors continuer à mesurer les performances économiques, mais autrement, dans une perspective plus « durable » ?

C’est effectivement une deuxième approche qui a fait l’objet de travaux universitaires notamment aux Etats-Unis, mais aussi au Canada ou en Europe du nord. Cela porte le nom soit d’« indicateur de progrès véritable » ou d’«indice de bien être durable ».
Ce type d’approche consiste à mesurer la production nationale mais en la corrigeant par plusieurs facteurs : les coûts que représente la pollution, les prélèvements sur l’environnement, les dépenses de réparation que je mentionne ci-dessus, et les coûts sociaux, le coût du chômage, le coût des inégalités...

Concrètement, cela change quoi pour les pays où ces indicateurs ont été calculés ?

Quand on corrige les données, on a une évolution différente de la croissance.
Pour donner des ordres de grandeur, la consommation totale aux Etats-Unis en 2002, c’était 6500 milliards de dollars. Les coûts que représentent la pollution et les prélèvements sur l’environnement s’élèvent 3500 milliards, presque plus de la moitié de la consommation totale. Cela montre à quel point notre modèle de croissance ignore les prélèvements sur l’environnement. Alors que de 1950 au milieu des années 80, on avait une augmentation assez parallèle de l’indicateur du PIB et de l’indicateur de progrès véritable, depuis 15 ans, l’indicateur de progrès véritable n’augmente pas alors que le PIB continue à augmenter. Cela se retrouve dans beaucoup de pays. Au Royaume-Uni, qui voit leur PIB augmenter ces dernières années assez régulièrement, l’indicateur de progrès véritable baisse.
Mesurer la croissance en tenant compte à la fois des coûts de l’environnement mais aussi des coûts sociaux n’est donc pas sans conséquences !


Quel intérêt les politiques et les acteurs économiques peuvent avoir à s’engager sur ces nouveaux indicateurs de croissance ?

Pour nous socialistes, c’est un indicateur qui correspond à la croissance que l’on veut, une croissance qui augmente vraiment le bien-être, qui est respectueuse de l’environnement, qui réduit les inégalités. On a besoin d’un concept qui mesure la croissance et qui soit cohérent avec notre orientation politique.
Mais si on veut vraiment changer de modèle de croissance, il faut aussi que dans leurs choix de tous les jours, les entreprises prennent en compte le coût de leur activité économique sur l’environnement en termes de pollution et de consommation des ressources non renouvelables. Le fait de les comptabiliser dans la production va conduire peu à peu la réflexion des politiques et aboutir à les comptabiliser aussi dans l’activité économique concrète.
Comment le faire ? C’est la taxation écologique. Si on veut que les entreprises soient plus respectueuses de l’environnement, il faut qu’une taxation écologique, comme celle que l’on a commencé à mettre en place sous le gouvernement de Lionel Jospin, prenne en compte ces coûts. Dès lors que l’on arrive à prendre en compte ces coûts, le comportement des agents économiques en tiendra compte et ne prélèvera plus des ressources non renouvelables sans s’en préoccuper.

Propos recueillis par Ariane Gil

vendredi, 28 avril 2006

Organisation du Travail : Le modèle Danois

Point presse de François HOLLANDE et de Poul Nyrup RASMUSSEN
Le modèle danois : 27 avril Intervention de François HOLLANDE, Premier secrétaire du Parti socialiste

Merci d’être venu pour ce point presse qui se tient à l’occasion de la participation de Poul Nyrup RASMUSSEN à la journée organisée par le PS sur le thème de la mondialisation.

J’avais souhaité saisir cette opportunité pour que Poul puisse revenir en tant qu’ancien Premier ministre, sur ce qu’on appelle en langage courant « le modèle danois ». J’estimais nécessaire que l’on puisse faire partager cette expérience et délivrer le message qu’elle porte, devant le Parti socialiste et plus largement devant vous.

De 1993 à 2002, Poul Nuryp RASMUSSEN a été à trois reprises élu et réélu et Premier ministre de son pays le Danemark. Il a permis de faire baisser significativement le chômage. Ce modèle de flexsécurité fait objectivement le choix de l’investissement dans le capital humain, c’est-à-dire de la valorisation de ce qu’est le facteur de production, à savoir le travail. Il ne peut pas y avoir de croissance forte, s’il n’y a pas de valorisation d’atouts d’un pays, et de sa population active.

C’est la raison pour laquelle dans le projet que prépare le Parti socialiste, la formation, l ‘Éducation et la qualification seront des sujets prioritaires. Au-delà de l’effort que chacun peut fournir, à tous âges de la vie, quant à la qualification et à la formation, il y a des moments de rupture du contrat de travail ou de mutation économique. C’est pour ces moments-là qu’il faut prévoir des transitions et que le modèle danois prend tout son sens. Etre capable d’accompagner le salarié qui perd son emploi et de le requalifier et de le remettre dans une position susceptible d’intéresser les entreprises. A partir de là , il faut faire en sorte que pendant son temps de chômage, le salarié soit actif, car c’est aussi la pleine activité que nous souhaitons développer dans notre projet.

Enfin, les mots ont un sens. Les mots de flexibilité en France sont associés à la notion de précarité et pour de nombreux Français, le CPE ou le CNE sont des mots qui ont fait beaucoup de dégâts. A ce titre, nous préférons parler de mobilité car il y a forcément du mouvement dans toute organisation humaine et toute vie professionnelle. Il faut cependant que nous soyons capables d’assumer et de garantir cette mobilité.

Intervention de Poul Nyrup RASMUSSEN, Président du Parti socialiste européen

Un texte que j’ai formalisé explique chiffres à l’appui, les tenants et les aboutissants de ce modèle « danois ». Pour commencer avec les chiffres, il ne s’agit pas d’un miracle mais d’un investissement en soi, concentré essentiellement sur l’ éducation. La différence d’investissement dans la formation entre ce qu’on fait au Danemark et ce qui existe en France est une première différence fondamentale.

Le système danois repose également sur une collaboration entre syndicats, employeurs et salariés. Une année de dialogue commun a été nécessaire pour établir un diagnostic et aboutir à une compréhension commune sur ce sujet.

La garantie jeunesse par exemple, est fondée sur le principe qu’il est impossible de rester sans travail plus de 3 mois. On est censé vous donner une activité.

La croissance a atteint jusqu’à 4,7 % en même temps, nous avons établi un contrat avec les jeunes sur le droit et le devoir de se former. Mais de toute évidence, un contrat comme le CPE à la française, n’a rien à voir avec le modèle que nous avons voulu mettre en place. A l’origine de notre projet, il y a d’abord un consensus entre les partenaires sociaux et les salariés. L’expérience française montre que l’on a retiré des droits sans offrir de nouvelles perspectives ou contreparties, d’où l’échec de ce dispositif.

samedi, 25 mars 2006

Le CNE/CPE ne crée pas d'emploi, il détruit le contrat de travail

L'Insee a estimé entre 10.000 et 20.000 créations d'emplois par trimestre l'apport du contrat nouvelles embauches (CNE) à l'évolution globale de l'emploi en France, ont expliqué ses statisticiens lors de la présentation de la note de conjoncture de l'institut publiée jeudi.

Créé en août dernier par le gouvernement Villepin, le CNE est un contrat à durée indéterminée réservé aux entreprises de 20 salariés maximum, qui permet un licenciement sans justification durant les deux premières années.

L'Insee a fait une "hypothèse de l'ordre d'un effet net de 10 à 20.000" créations "par trimestre" pendant quatre trimestres, a expliqué Karine Berger, chef de la division synthèse conjoncturelle. L'Insee a intégré cette hypothèse à partir du quatrième trimestre 2005 dans ses estimations d'emploi.

L'Insee a "plein d'indices qu'il y a un peu d'emplois créés par le CNE, mais n'est capable de donner que des ordres de grandeur", a précisé Michel Devilliers, chef du département de la conjoncture.

Six mois après la création du CNE, 280 000 CNE auraient été conclus (source : ministère de la Cohésion sociale). Ce qui signifie qu'au moins 240 000 CNE se sont substitués à d'autres contrats (CDD, CDI).

Le but du gouvernement et du MEDEF est clair: Loin de vouloir créer des emplois supplémentaires au travers du CPE/CNE, Villepin veut supprimer le contrat de travail, engagement réciproque de droit et de devoir entre un employeur et son salarié. Les salariés, à merci du bon vouloir de l'employeur, n'auront plus qu'à se plier à toutes ses exigences, ouvrant la porte à tous les abus possibles: répression syndicale, harcélement moral, harcélement sexuel, racisme ...Viré pour un retard de dix minutes, licenciée pour avoir annoncé sa grossesse, remercié après les soldes... Point commun ? Ils étaient en CNE.

Rappelons qu'aujourd'hui, le CDI (contrat à durée indéterminée) concerne aujourd'hui 90 % des salariés, soit 19 millions de personnes. Contrairement aux CPE et CNE, il est assorti d'une période d'essai variant de un mois pour les employés à 6 mois pour les cadres. Le CDD (contrat à durée déterminé) est généralement utilisé pour gérer les variations de l'activité d'une entreprise ou remplacer un salarié absent. 70 % des embauches se font en CDD. La période d'essai dépend de la durée totale du contrat : elle peut varier de un jour ouvré à un mois. Il est difficile de rompre un CDD sauf si on enchaîne sur un CDI.

Une récente évaluation économétrique effectuée par les économistes Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo était arrivée à un maximum de 70.000 créations nettes d'emplois d'ici grâce au CNE à fin 2008, ou à 100.000 sur quatre ans. Ridicule en comparaison du nombre d'embauches qui seront effectuées dans ce laps de temps: Les départs à la retraite de la génération Baby-Boom vont se compter par centaine de milliers et tous les économistes sont d'accord pour affirmer que le chômage baissera mécaniquement pour arriver à compenser ces départs. D'autre part, rien qu'au premier semestre 2006, l'Insee envisage une hausse des créations d'emploi avec 110.000 créations de postes. Sur toutes ces futures embauches, combien en CNE/CPE ou CDI réformé?

Le but des "réformes" (ne serait-il pas plus approprié de parler des "régressions") engagées par la droite est d'introduire le maximum de précarité pour des salariés qui pouvaient enfin espérer voir le bout du tunnel du chômage. Aujourd'hui, nombreux sont les salariés qui acceptent souvent dans leur travail des situations abusives, conséquence de la situation morose du marché du travail. Demain, quand la crainte du chômage sera devenue moins pesante, comment mieux limiter des revendications pourtant souvent légitimes qu'en éliminant la possibilité de recours face à l'arbitraire que les nouvelles formes de "contrat?" imposées par le gouvernement institutionalisent.

JP ARETHENS