mardi, 21 mars 2006
En France , la Haine de l'autre comme phénomène discriminatoire
A l'occasion de la «Semaine de lutte contre les discriminations et pour la rencontre des différences», le 19 mars a été évoquée, la question du racisme sous toutes ses formes, et notamment comme discrimination à l'emploi ou au logement.
Catherine COROLLER de Libé. a rapporté les propos tenus dans le texte ci-après
LIBERATION.FR : 19 mars 2006 -
Le racisme peut blesser physiquement et moralement, voire tuer, mais également exclure des individus de la société. Dimanche, lors de la première journée de la «Semaine de lutte contre les discriminations et pour la rencontre des différences» organisée au Sénat à Paris par Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, historiens du judaïsme, Pap N'Diaye, chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, a insisté sur la nécessaire distinction entre ces deux effets du racisme. Et, tandis que la plupart des intervenants ont surtout traité des formes traditionnelles de racisme, lui a surtout parlé des «phénomènes discriminatoires». Selon Pap N'Diaye, la haine de l'autre a été très longtemps uniquement perçue en France sous sa «dimension morale». La lutte contre le racisme se confondant avec le combat contre les idées du Front National. L'exemple de la petite main «Touche pas à mon pote» que toute une génération a arborée au revers du veston dans les années 80 en est l'illustration. Les discriminations, à l'emploi ou au logement, n'étaient pas prises en compte. «Elles étaient invisibles ou tenues pour quantité négligeable», explique Pap N'Diaye. Et c'est dans les années 90 seulement, «sous l'influence du droit anglo-américain», que la société a commencé à se pencher sur la manière dont se fait le tri entre les groupes de personnes. «Nous sommes sortis des années 80-90 en nous intéressant bien plus aux discriminations, s'est félicité le sociologue Michel Wieviorka, car ce sont elles qui rendent la vie impossible». Pour autant, et malgré ce virage : «il y a encore beaucoup de travail à faire», affirme Pap N'Diaye. Selon lui, la France a du mal à penser et à réfléchir le phénomène des discriminations, et ce, d'autant plus qu'il n'existe aucun outil permettant de le mesurer. Les statistiques ethniques y sont en effet interdites. Pour lutter contre les discriminations, le gouvernement a créé en juillet une Haute autorité (Halde). «Mais elle n'a pas manifesté d'activisme extrême, et elle a été notamment d'une remarquable discrétion lors des émeutes en banlieue», regrette Pap N'Diaye.
Certains politiques se sont en revanche saisis de cette question des discriminations. Mais, selon Vincent Geisser, dans un souci purement «clientéliste». «L'un a nommé un préfet musulman, l'autre un ministre arabo-maghrébin. Tous veulent créer leur mosquée et nommer leur conseiller musulman», dénonce-t-il. Certains «font des voyages en Arménie, en Israël, en Algérie» pour séduire les électeurs originaires de ces pays. «Ils défendent la laïcité au Palais Bourbon et font du communautarisme lorsqu'ils reviennent dans leur département ou leur commune», ajoute-t-il encore. Vincent Geisser voit dans ces tentatives de séduction des Français issus de l'immigration une aporie républicaine : «Je veux te faire citoyen électeur mais je suis obligé de te penser traversé par un habitus communautaire pour te penser comme moi».
Militant associatif, créateur du collectif des Indigènes de la République, Youssef Boussoumah dénonce «cette détestable assignation à identité obligatoire». «Certains d'entre nous sont très peu pratiquants, mais nous sommes perçus en tant que musulmans», affirme-t-il.
Dans le contexte de l'après 11 septembre, cette assignation n'est pas sans conséquences, musulman étant synonyme d'islamiste ou intégriste. Voire d'antisémite, certains responsables communautaires juifs attribuant la récente augmentation des actes antisémites, et leur gravité, aux Nord-Africains. Dominique Vidal, journaliste au Monde Diplomatique a rappelé que selon le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, «seul un tiers des attaques antijuives sont le fait de personnes issues de l'immigration arabo-musulmane». L'avocat et essayiste Guillaume Weil-Raynal a stigmatisé le «discours extrêmement grave qui consiste à dresser les communautés les unes contre les autres», précisant que «dans certains organes communautaires, on voit une mise en cause explicite des noirs». Et Michel Wieviorka a rappelé qu'il ne fallait pas minorer la responsabilité de l'extrême droite dans la persistance de l'antisémitisme. A Guillaume Weil-Raynal qui avait souligné que l'«ordre de grandeur des actes antisémites est dérisoire par rapport aux chiffres généraux de la délinquance et de l'insécurité», Wieviorka a répondu que «le nombre des passages à l'acte ne suffit pas à rendre compte des préjugés, des discours et des menaces» ressentis par les Juifs de France.
Reste que l'on assiste aujourd'hui, en France, comme l'a rappelé Jean Daniel, éditorialiste au Nouvel Observateur, à «l'émergence d'une rivalité des groupes et d'une compétition des mémoires». Dominique Vidal ne le nie pas, mais répond par «un refus intransigeant du deux poids deux mesures». «C'est très bien que la France entière se mobilise lorsqu'un juif est assassiné mais il faut aussi qu'elle se dresse lorsque des arabes, noirs, tziganes, sont victimes de violences».
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lundi, 13 mars 2006
21 Mars : Journée d'action Mondiale contre le racisme

En 2001, la "Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée", qui s'est tenue à Durban (Afrique du Sud), a préconisé en particulier une lutte sur trois fronts : une meilleure prévention des actes de discrimination, une répression plus sévère des délits de racisme et un soutien plus efficace aux victimes dans leur lutte pour la dignité, l'équité et la justice.
Quelques jours pour construire ensemble l'égalité des chances :
Pour informer sur les enjeux de la lutte contre les discriminations, les dispositifs juridiques et la réalité du racisme.
Pour prendre conscience du racisme, de l'intolérance, mais aussi de l'importance et de la possibilité de faire changer les choses.
Pour éduquer au vivre ensemble, au respect de la différence, à regarder autrement la diversité humaine.
Pour s'engager au quotidien, dans son entourage, au sein d'organisations ou d'associations.
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